Categories

Most Viewed

VENEZUELA 2026 : LA FIN DES ILLUSIONS POST-IMPÉRIALES ET LE RETOUR ASSUMÉ DE L’HÉGÉMONIE AMÉRICAINE.

L’opération militaire américaine menée dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 Janvier 2026 contre le Venezuela ne peut être comprise comme un simple épisode de coercition ponctuelle. Elle constitue un signal systémique, adressé non seulement à Caracas, mais à l’ensemble des États périphériques qui, depuis deux décennies, ont cru possible un monde post-hégémonique sans disposer des attributs matériels de la puissance.

Par Amos CINCIR

La capture revendiquée par le président américain Donald TRUMP, de Nicolás MADURO, l’attaque coordonnée de sites militaires et logistiques stratégiques, et l’absence de toute médiation préalable indiquent une chose sans ambiguïté que les États-Unis assument désormais ouvertement l’usage unilatéral de la force dans leur sphère d’influence historique. Nous assistons moins à une crise régionale qu’à une reconfiguration explicite des règles du jeu international.

LA FIN DU MULTILATÉRALISME PERFORMATIF

Depuis la fin de la guerre froide, une fiction structurante a dominé les relations internationales, celle d’un monde régi par le droit, la gouvernance globale et la régulation multilatérale. Or, comme l’avait déjà souligné Hans Morgenthau, le droit international ne survit que tant qu’il n’entre pas en conflit direct avec les intérêts vitaux des grandes puissances.

L’opération américaine au Venezuela confirme une vérité ancienne, trop souvent euphémisée que
le multilatéralisme n’est pas un système contraignant, mais un langage utilisé lorsque la force n’est pas nécessaire. Ni l’ONU, ni les mécanismes régionaux, ni les normes de souveraineté n’ont pesé face à la décision stratégique américaine. Leur rôle s’est limité à la réaction, et jamais à la dissuasion.

DOCTRINE DE MONROE : D’UN TABOU HISTORIQUE À UNE PRATIQUE REVENDIQUÉE

L’élément le plus structurant de cette intervention américaine réside dans sa logique doctrinale. La doctrine Monroe, souvent présentée comme une relique du XIXᵉ siècle, qui s’est transformée en principe opératoire moderne, débarrassé de toute rhétorique civilisatrice.

Sous l’administration Trump, cette doctrine n’est plus dissimulée derrière des concepts de «démocratie», de «responsabilité de protéger» ou de «stabilité régionale». Elle s’énonce brutalement que l’hémisphère occidental demeure une zone d’exclusivité stratégique américaine.

Dans cette perspective, le Venezuela n’est pas attaqué pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il représente à travers un précédent de contestation durable de l’ordre régional américain, combinant souverainisme discursif, alliances extra-hémisphériques et rhétorique anti-impériale.

L’ERREUR STRATÉGIQUE DES PUISSANCES PÉRIPHÉRIQUES

Le cas vénézuélien illustre une erreur classique des États en situation de dépendance structurelle qui confond discours de résistance et capacité réelle de dissuasion. Comme l’avait formulé Raymond Aron, « les États faibles vivent dans un monde de normes, les États forts dans un monde de rapports de force ».

Le Venezuela a investi massivement dans la symbolique de la souveraineté, mais insuffisamment dans une dissuasion crédible, une autonomie technologique, et une capacité de projection régionale, ou des alliances réellement contraignantes.

De fait, lorsque la confrontation devient militaire, le langage symbolique des alliés s’effondre immédiatement.

ALLIANCES ASYMÉTRIQUES : LE MYTHE DE LA PROTECTION EXTERNE

La réaction mesurée, voire prudente, de la Chine, de la Russie et de l’Iran révèle une constante fondamentale de la géopolitique contemporaine où les grandes puissances ne s’affrontent directement que pour des zones jugées vitales à leur propre sécurité. Le Venezuela ne remplit aucun de ces critères pour Pékin ou Moscou. Il est un partenaire économique, un levier diplomatique, parfois un symbole, jamais un théâtre pour une guerre majeure contre Washington.

Cette réalité invalide une croyance répandue dans le Sud global, celle d’un monde multipolaire où les alliances remplaceraient la puissance propre.
La multipolarité n’abolit pas la hiérarchie, mais elle la rend plus crue.

L’AMÉRIQUE LATINE FACE À SON IMPUISSANCE STRATÉGIQUE

La fragmentation des réactions régionales met en lumière une faiblesse structurelle et l’absence d’une architecture de sécurité latino-américaine autonome. Sans doctrine commune, sans capacité militaire intégrée, et sans vision stratégique partagée, du coup, la région demeure un espace perméable aux démonstrations de force extérieures.

L’intervention américaine agit ainsi comme un fait révélateur brutal que la souveraineté proclamée sans capacité collective de défense est une souveraineté conditionnelle.

L’attaque américaine de janvier 2026 marque le retour assumé du tragique en politique internationale, au sens où l’entendait Carl Schmitt qui montre la distinction ultime entre ami et ennemi, tranchée par la capacité de décider et de frapper. Elle rappelle trois vérités fondamentales. Il s’agit du droit international qui ne protège pas les États faibles contre les États déterminés, les alliances ne remplacent jamais la puissance autonome et la souveraineté n’est pas un principe moral, mais une construction stratégique.

Le Venezuela n’est pas un cas isolé. Il est un avertissement global dans l’ordre international qui se durcit, car ceux qui confondent indignation morale et stratégie sont condamnés à l’impuissance. Ceux qui refusent de voir la géopolitique telle qu’elle est, conflictuelle, hiérarchique, et brutale, continueront à subir l’histoire plutôt qu’à la façonner.

Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
3 Janvier 2026

    Leave Your Comment

    Forgot Password

    Register