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HAÏTI, LE DÉNI COMME UN SPORT NATIONAL, UNE RÉPONSE À JEAN BLANCO ET PAUL JÉRÉMIE.

Cette publication est une réponse contre la morale tiède et la peur maladive de Jean BLANCO et du poète Paul JÉRÉMIE de se regarder en face. Il faut le dire sans détour, sans diplomatie et sans gants, car ce qui irrite dans le texte d’Amos CINCIR, publié en date du dimanche 28 Décembre 2025 sous le titre « Haïti : le pays où le succès d’un Noir est une insulte et sa chute, une réparation morale » (https://www.facebook.com/share/p/1DXGgVJ8FA/), ce n’est ni son style, ni la rigueur, ni une prétendue «généralisation abusive» qui dérange. Ce qui dérange vraiment, c’est qu’Amos CINCIR refuse de mentir pour préserver l’ego collectif haïtien.

Les réactions indignées du poète Paul JÉRÉMIE, sanctifiées et légitimées par Jean BLANCO dans sa publication du samedi 3 Janvier 2026 sous le titre: « Quand le poète redresse un critique pris au piège du simpliso-facile », relèvent d’une posture désormais bien huilée en Haïti, celle de moraliser la critique pour éviter la remise en cause réelle.

LA GRANDE IMPOSTURE DE L’ANTI-GÉNÉRALISATION

« Il ne faut pas mettre tous les Haïtiens dans le même sac. » Voilà la phrase-fétiche de ces deux indignés. La phrase-paravent, qui permet de ne rien analyser tout en se donnant l’illusion de la profondeur.

Ce que ces deux intellectuels oublient, aucune société ne se comprend sans généralisation analytique. Nommer des régularités sociales ne veut pas dire essentialiser automatiquement.C’est décrire une réalité.

Quand Amos CINCIR parle de sabotage, de boycott, et de suspicion envers la réussite autonome, il ne parle pas de «tous» les Haïtiens. Il parle d’un climat social, d’un réflexe collectif et d’un habitus, pour reprendre Pierre BOURDIEU.

Refuser cette évidence, c’est transformer la sociologie en injure, l’analyse en offense personnelle, et la pensée critique en théâtre d’ombres. C’est le degré zéro de l’intelligence sociale.

LE «REGARD POSITIF » : L’OPIUM DES CONSCIENCES FATIGUÉES

Jean BLANCO invoque la sagesse, l’équilibre, et le regard positif. Mais l’histoire ne se transforme pas à coups de mantras. Le «regard positif» est trop souvent le masque élégant du déni.

Il permet d’éviter les vraies questions par exemple : Pourquoi tant d’initiatives haïtiennes sont-elles sabotées de l’intérieur ? Pourquoi la réussite sans parrain ni marraine déclenche-t-elle la suspicion ? Pourquoi l’excellence noire autonome est-elle si systématiquement disqualifiée ?

Frantz FANON avait pourtant prévenu que le colonisé préfère parfois le mensonge rassurant à la vérité libératrice. Le regard positif apaise, mais la vérité dérange. Et les Haïtiens en général, manifestement, qu’il soit en Haïti ou à l’étranger préfèrent être apaisé que d’être transformé.

COULEUR, NOIRCEUR ET HYPOCRISIE NATIONALE

Accuser Amos CINCIR de «tout ramener à la couleur» relève d’une hypocrisie intellectuelle. Nous savons tous que la couleur de peau en Haïti est au cœur de la société haïtienne depuis la colonie. Elle structure le pouvoir, la respectabilité, l’accès aux réseaux et aux opportunités, ainsi que la crédibilité symbolique et internationale. Faire semblant de ne pas le voir relève soit de la naïveté, soit de la mauvaise foi ou de la paresse intellectuelle.

Quand une femme noire réussit sans intercesseur ni clan, elle dérange. Quand un entrepreneur noir s’autonomise, il devient suspect. Quand des jeunes noirs s’organisent sans tutelle, on parle de menace. Ce n’est pas une obsession raciale. C’est une réalité sociale non digérée.

CHERCHER DES COUPABLES POUR ÉVITER DE PENSER LES STRUCTURES

« Pourquoi ne pas désigner les coupables ? » demande Paul JÉRÉMIE dans un de ses commentaires. Paul JÉRÉMIE essaie de camoufler la réalité. Il sait pertinemment que le problème n’est pas seulement qui, mais comment. Le sabotage haïtien n’est pas toujours décrété par une élite visible. Il est souvent horizontal, banal et quotidien. Des dominés sabotant d’autres dominés, par la jalousie, la peur, le ressentiment, la haine, l’autosabotage et les réflexes hérités.

Bourdieu appelait cela la violence symbolique, à savoir une violence douce, invisible, acceptée, et parfois même célébrée. Il est plus confortable de désigner un ennemi abstrait que d’admettre que nous participons parfois nous-mêmes à la mécanique de l’échec collectif.

JEAN BLANCO OU L’ÉLÉGANCE DE L’ÉVITEMENT

Le texte de Jean BLANCO est très bien écrit. Et trop bien écrit. Il polit ce qui devrait grincer. Il équilibre ce qui devrait trancher. Il apaise là où il faudrait secouer. Mais l’histoire ne se fait pas avec des textes élégants. Elle se fait avec des paroles tranchantes et des rextes qui dérangent pour éveiller les consciences. À force de vouloir concilier, on finit par être neutralisé. À force de chercher la sagesse, on finit par trahir la vérité.

Pour conclure Amos CINCIR n’est pas ici pour chercher à plaire aux égos fragiles. Sa mission est de déranger et de foueter l’orgueil des Haitiens. Ses textes ne sont pas confortables. Ils ne flattent personne. Ces textes ne rassurent pas non plus. Et c’est précisément pour cela qu’ils sont nécessaires.

Au carrefour où nous sommes, Haïti n’a pas besoin de poèmes moralisateurs ni de sages tièdes. Elle a besoin de miroirs brutaux, de paroles qui coupent avec fracas et de diagnostics chirurgicaux sans anesthésie. À noter que la critique sociale n’est pas là pour préserver l’amour-propre national. Elle est là pour empêcher la répétition du désastre et son déracinement.

Et tant que nommer nos sabotages internes et la supériorité de couleur ou de caste seront perçus comme une trahison, nous continuerons à confondre la dignité et le déni, la fierté et l’aveuglement, la sagesse et l’immobilisme.

Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
3 Janvier 2026

Paul Jeremie
Jean Blanco

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