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HAÏTI CONFISQUÉE : TROIS NAVIRES AMÉRICAINS, UN PEUPLE À GENOUX.

À quelques heures de l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le samedi 7 Février 2026, rongé par la corruption et l’imposture, Washington a choisi son camp sans trembler. Les sanctions pleuvent sur certains politiciens du CPT, mais l’ombre protectrice s’étend avec ostentation sur le Premier ministre Alix Didier FILS-AIMÉ, révoqué le 22 Janvier 2026 par un organe moribond, ressuscité par le seul miracle de l’aval américain. La diplomatie devient ici un scalpel, car elle anesthésie le patient pendant que l’opération se fait sans lui.

On ne gouverne pas un pays à coups de communiqués, encore moins à coups de sirènes navales. Pourtant, au large de Port-au-Prince, trois silhouettes d’acier des Etats-Unis ont surgi comme un point d’exclamation posé au milieu d’une phrase déjà écrite ailleurs par cette flotte de l’USS Stockdale, l’USCGC Stone et l’USCGC Diligence. Trois noms propres pour une même idée, pour dire clairement que la souveraineté haïtienne est en liberté surveillée.

La portée historique des relations USA–Haïti montre que ce genre de scénario n’est pas nouveau. Il est archivé. Entre 1806 et 1862, les États-Unis ont refusé de reconnaître diplomatiquement Haïti, par peur de la contagion noire. Entre 1915 et 1934, ils ont organisé l’occupation militaire, dissous l’armée indigène et pris la main sur les finances haïtiennes. Entre 1957 et 1986, ils ont soutenu la dictature des Duvalier tant qu’elle servait leurs intérêts stratégiques.

Puis sont venues les interventions directes ou indirectes, toujours au nom de la « stabilité », en 1994, 2004, 2010, 2021. Et aujourd’hui, en 2026, le retour de la canonnière, version high-tech, vocabulaire aseptisé. La méthode ne change pas. Seuls les communiqués s’améliorent.

Car il faut bien regarder la scène : un gouvernement en fin de mandat, des manœuvres de dernière minute, un dialogue interhaïtien sous perfusion et, en arrière-plan, la rade de Port-au-Prince transformée en décor de cinéma géopolitique. La communication de l’Ambassade parle de « sécurité », de « stabilité », d’« avenir prometteur ». Le vocabulaire est propre, repassé, désinfecté. Mais les mots sentent le kérosène quand on connaît la mèche.

LE FLÉCHISSEMENT DES AUTORITÉS HAÏTIENNES

Mais l’empire américain n’avance jamais seul. Il avance toujours porté par des bras locaux des apatrides, des fatigués, des dociles ou des achetables. Ce CPT, fabriqué par l’Accord du 4 Avril 2024 sous l’égide de la CARICOM, sous l’œil vigilant de Washington, d’Ottawa et des alliés occidentaux, n’a pas été renversé, mais s’est offert. Il n’a pas été neutralisé, il s’est rendu inutile. Il n’a pas été trahi, il s’est trahi lui-même. Un pouvoir qui expire dans la combine, la peur et la dépendance n’est plus un pouvoir, mais un bureau de liquidation nationale.

Sociologiquement, ce déploiement américain est une humiliation silencieuse. Il rappelle à chaque Haïtien que le pouvoir réel ne se tient ni au Palais ni à l’Hôtel Montana, mais dans les câbles diplomatiques et les ponts de commandement. Psychologiquement, il rouvre une plaie et montre que 1915 n’est pas un souvenir mais un réflexe conditionné. À chaque coque américaine dans la baie, la mémoire collective serre les dents. Diplomatiquement, c’est un aveu que les États-Unis ne font plus semblant d’être arbitres, ils sont joueurs.

DESSALINES ET CHRISTOPHE FACE À 2026

Si Jean-Jacques DESSALINES, père fondateur de cette Nation, revenait aujourd’hui, il ne demanderait pas d’explications. Il dirait simplement :« J’ai fondé ce pays pour qu’aucun canon étranger ne dicte l’avenir de nos enfants. Si vous avez peur de la liberté, alors vous avez déjà perdu. » Et si Henri CHRISTOPHE voyait ces navires, il ne parlerait pas de partenariat. Il parlerait de décadence : « Quand un État ne tient plus debout, il attire les tuteurs. Quand un peuple oublie sa verticalité, on l’oblige à s’agenouiller. » Ils ne reconnaîtraient pas ce pouvoir. Ils reconnaîtraient seulement la faiblesse qui appelle la domination.

Géopolitiquement enfin, l’affaire est limpide. Haïti n’est pas un problème à résoudre, c’est un espace à gérer : un sas, un laboratoire, une variable d’ajustement régionale. On sanctionne pour discipliner, on soutient pour verrouiller, on déploie pour rappeler qui tient la clé du port. La « lutte contre les gangs » sert de rideau ; derrière, se négocient des équilibres qui ne concernent ni les bidonvilles asphyxiés ni les provinces abandonnées. La vérité nue est celle-ci et affirme que les gangs armés ne sont pas une anomalie du système, ils en sont un instrument. Ils justifient l’ingérence, entretiennent la peur et rendent l’État dépendant. Un chaos contrôlé vaut mieux, pour certains, qu’un État souverain imprévisible.

Le plus tragique n’est pas l’ingérence. Elle est ancienne, presque routinière. Le plus tragique, c’est la collaboration locale, ce CPT finissant qui, à la veille du samedi 7 Février 2026, s’agite comme un comptable pressé de boucler les derniers chèques. Ils ne gouvernent plus : ils liquident. Et pendant que les bateaux croisent, le peuple regarde, partagé entre colère, lassitude et ce cynisme dur que seule la répétition des trahisons peut forger. Ce 7 février 2026 n’est pas une date. C’est un miroir. Il montre qui tient encore debout. Il montre qui rampe. Il montre qui a peur de son propre peuple plus que d’une flotte étrangère.

On nous dira que ces navires sont là « pour notre bien ». Comme toujours, ils nous diront que sans eux, le chaos serait pire. Mais la vérité est plus crue et visible, quand un pays a besoin de navires étrangers pour garantir une transition, c’est que la transition ne lui appartient déjà plus. Ces trois bateaux dans la baie de Port-au-Prince, n’est pas une aide, mais un symbole. Et les symboles, en Haïti, ont toujours parlé plus fort que les discours. Celui-ci dit clairement ceci : le 7 février 2026 arrive, mais l’histoire, elle, n’a pas quitté le port.

Ce qui se dessine aujourd’hui dans la rade de Port-au-Prince n’est pas une flotte. C’est une mémoire armée et un geste impérial. C’est la confirmation brutale que, pour Washington, Haïti n’a jamais cessé d’être un territoire sous hypothèque historique depuis 1804. Les États-Unis n’ont jamais pardonné à Haïti d’avoir prouvé une chose insupportable et historique qu’un peuple noir peut briser un empire, renverser l’ordre racial mondial et survivre sans maître.

Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
5 Février 2026

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