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HÉROS CHARISMATIQUES, CITOYENS NAÏFS, LE CERCLE VICIEUX D’HAÏTI !

Haïti, la première République noire indépendante du monde, n’a pas un problème de leaders. Cette Nation, qui a vu naître des hommes et des femmes comme Jean-Jacques DESSALINES, Toussaint LOUVERTURE, Henri CHRISTOPHE, Capois LAMORT, Boisrond TONNERE, Charlotin MARCADIEU, Dutty BOUKMAN, Sanite BELAIR, Cécile FATIMA, Catherine FLON, Emile SAINT-LOT, Anténor FIRMIN et Dumarsais ESTIMÉ, aujourd’hui manque de critères sérieux pour choisir ses dirigeants. À chaque élection, le peuple opte pour l’émotion, confondant le charisme et la compétence, applaudissant les slogans et pleure les illusions. Et pour cause, nous sommes confrontés à un cycle infernal de promesses éclatantes et d’échecs flamboyants.

Prenons le cas de ces quatre présidents au cours des trente dernières années. Jean-Bertrand ARISTIDE, « l’élu des pauvres », débarque en 1991 avec son slogan « Pou pèp la ». Son premier mandat est écourté par un coup d’État le 30 Septembre 1991. Il revient en 1994 grâce à l’intervention internationale surtout américaine, puis est réélu de 2001 à 2004, avant d’être exilé, cette fois vers la République centrafricaine. Les foules l’adoraient pour sa parole révolutionnaire, ses sermons enflammés, ses promesses de justice sociale et sa théorie de la libération. Mais derrière le rideau de la ferveur populaire, l’État sombrait dans le chaos par des institutions fragiles, l’expansion des gangs et la dépendance totale à l’aide internationale. L’apogée de son aura émotionnelle fut suivie d’une désillusion massive d’un peuple exalté mais livré à lui-même, vibrant au rythme des slogans mais impuissant devant des institutions qui s’effondraient.

Puis vint René PRÉVAL, avec deux mandats (1996–2001, 2006–2011), poulain de Jean-Bertrand ARISTIDE, l’homme calme au sourire paternel, avec son slogan « Naje pou w soti ». Fatigué du tumulte et des drames, le peuple choisit la sérénité. Et quelle sérénité ! Le calme apparut… mais les réformes structurelles s’évanouirent. Une Nation laissée dans l’attente, où l’économie s’effritait et les infrastructures s’écroulaient doucement, tandis que la population applaudissait la différence avec le feu des années Aristide. La leçon ? Applaudir le contraste n’est pas gouverner. Le calme ne construit pas un État. Il berce seulement l’illusion de la maîtrise.

Ensuite, Michel Joseph MARTELLY, alias Sweet Micky, le dévergondé (2011–2016), entre en scène avec « Tèt kale cheri », sur le rythme de ses hits et de ses selfies. Les électeurs, séduits par le spectacle, oublient que gouverner demande autre chose que du rythme et de la familiarité. Les institutions sombrent dans l’improvisation, la corruption fleurit, et le show continue. Le peuple danse, chante et applaudit, mais le pays coule dans le néant et l’effondrement. Car Haïti n’est pas dirigée par des hits et des poses. La naïveté populaire transforme le charme en mandat et la musique en politique.

Puis Jovenel MOÏSE, protégé de Michel Joseph MARTELLY (2017–2021), le « Neg bannann lan », promet avec « Dlo, latè ak solèy » un renouveau économique et une action concrète. Le peuple, naïf et espérant un miracle, se laisse séduire par le vernis de modernité. Après des années de propagande haineuse et acharnée contre sa personne, le drame frappe avec son assassinat crapuleux et cruel dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 Juillet 2021 à sa résidence à Pélerin 5, Pétion-Ville, plonge le pays dans un chaos institutionnel et sécuritaire total. Et le peuple, encore une fois, découvre avec amertume que l’émotion n’a jamais été un projet de gouvernance.

Le schéma est limpide, car le peuple haïtien continue de choisir toujours avec le cœur et l’émotion, jamais avec la raison. L’émotion devient critère de sélection, le charisme remplace la compétence, et l’admiration vaut le vote.

Sociologiquement, cela reflète un peuple traumatisé, épuisé par l’histoire, manipulé par les promesses séduisantes et bercé par les illusions de sauveurs charismatiques.

Politiquement, cela produit un cycle où chaque leader renaît comme un messie attendu, pour finir par révéler ses limites dans le désordre, la démagogie et la corruption.

Et, croyez-le, de nouveaux populistes se préparent déjà à séduire le cœur de la Nation haïtienne lors des prochaines élections. La guerre commence déjà avec des noms qui circulent, à savoir Guy PHILIPPE, André MICHEL, Martine MOÏSE, Dominique DUPUY, Etzer ÉMILE, Jean Ernest MUSCADIN, Moïse JEAN-CHARLES et consorts. Les slogans sont prêts, les larmes calibrées, les émotions orchestrées. Le scénario ? Le même qu’il y a trente ans, juste avec de nouvelles musiques, de nouveaux hashtags et des vidéos virales. La naïveté n’a pas de mémoire. Alors, que faire pour sortir de ce cercle vicieux ?

Il faut participer à l’éducation citoyenne du peuple haïtien, en enseignant aux électeurs à distinguer la compétence et le charme, la vision et la rhétorique, le projet et le slogan. Le plus important est d’exiger des critères concrets, plutôt que de se laisser séduire par le feu de la parole.

L’autre aspect crucial est le renforcement institutionnel, visant à mettre en place des mécanismes de contrôle et d’évaluation, assurer la reddition de comptes et imposer la responsabilité obligatoire des dirigeants.

Haïti n’a jamais souffert d’un manque de leaders charismatiques. Elle souffre d’un peuple qui applaudit les émotions et pleure les illusions. Il est temps que le cœur ne décide plus que la tête, pour que chaque nouveau « élu du peuple » ne soit plus une répétition tragique d’un rêve collectif brisé. Il est temps que les citoyens ne se contentent plus de slogans, pour éviter que les institutions restent des coquilles vides et que le chaos devienne norme.

Haïti n’est pas en crise de leaders. Elle est en crise de raison collective. Il est temps de retrouver cette boussole intérieure pour arrêter le cycle de slogans séduisants, d’applaudissements aveugles et de pleurs sincères devant un État incapable de tenir ses promesses. Le peuple haïtien doit comprendre une vérité simple, crue et amère que les larmes ne remplaceront jamais les critères, et les émotions ne remplaceront jamais la responsabilité.

Cessons d’applaudir avec le cœur, afin de ne plus rester prisonnier d’une tragédie répétitive, spectaculaire et profondément évitable.

Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
22 Janvier 2026

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