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DIVISER POUR SURVIVRE : HAÏTI OU LA GUERRE DE TOUS CONTRE TOUS DANS UN PAYS SANS PORTES, SANS BOUTONS DE SORTIE.

En date du mercredi 14 Janvier 2026, à l’Hôpital Universitaire Justinien du Cap-Haïtien, au nord d’Haïti, des étudiants infirmiers issus des institutions publiques dressent une barricade symbolique, non pas contre la misère structurelle, non pas contre l’agonie du système de santé haïtien, non pas contre l’État fantôme qui les a abandonnés, mais contre d’autres étudiants haïtiens. Leur crime ? Étudier dans des institutions privées et prétendre, eux aussi, accéder à un stage dans un hôpital public.

La scène est très violente. Mais plus encore, elle est pathologique et sociologique. Elle ne choque pas seulement, mais elle diagnostique notre individualisme et notre égoïsme.

Nous sommes désormais dans un pays programmé pour l’individualisme cannibale, où la rareté ne produit ni entraide ni conscience collective, mais surtout une haine sèche, primaire, qui devient presque un réflexe. Depuis plusieurs décennies, l’échec collectif ne provoque pas la révolte contre les responsables et les dirigeants, il se mue en jalousie militante et hystérique, en guerre de tranchées entre victimes.

Chaque individu s’agrippe à son fragment de ruine comme à un titre foncier imaginaire, transforme sa survie précaire en droit exclusif et devient le douanier brutal d’un système qui l’écrase.

L’HÔPITAL PUBLIC COMME BIEN PRIVÉ MENTAL

La question posée par plusieurs observateurs est simple, on dirait presque obscène tant elle révèle l’aberration, car l’Hôpital Universitaire Justinien du Cap-Haïtien semble-t-il devenir le bien privé des étudiants en sciences infirmières du secteur public ?

Car en Haïti, le public n’existe plus que dans les discours officiels et les slogans creux.
Dans les esprits, il est privatisé par l’ego, confisqué par la frustration, et barricadé par la peur de manquer. L’hôpital public devient «pa nou», les institutions publiques deviennent «pa nou», l’Université d’État devient «pa nou», la rue devient «pa nou». Et le pays entier se réduit à un murmure obscène «pa mwen».

Ce réflexe n’est ni accidentel ni moralement anodin. C’est un fait sociologique brutal dans une société où l’État ne garantit rien, l’accès remplace le droit, et la défense de l’accès devient une guerre. On ne lutte plus pour réparer le système : on lutte pour interdire l’entrée.

LA LUTTE DES PAUVRES CONTRE LES PAUVRES, UNE DISCIPLINE NATIONALE

Dans cette jungle, des étudiants du public se metrent contre les étudiants du privé; les lycéens contre les écoles privées ; l’Université d’État d’Haiti contre les Universités privées; les Noirs ccontre les Mulâtrs; la Classe moyenne contre l’Oligarchie et les Pauvres contre les Pauvres.

Pendant ce temps, les véritables détenteurs du pouvoir, à savoir les politiques corrompus et sans colonne vertébrale, les élites économiques prédatrices, ainsi que les réseaux opaques et mafieux, assistent au spectacle en silence, parfois amusés, et toujours protégés.

La tragédie est là. Mais cette colère ne monte jamais. Elle se répand horizontalement, comme une machette aveugle dans une foule déjà mutilée. On accuse l’étudiant du privé de «voler la connaissance» comme si le savoir était un butin de guerre, comme si la science avait une origine sociale ou encore la misère autorisait le monopole de l’avenir.

LE MYTHE DU «PRESTIGE» DANS UN SYSTÈME À L’AGONIE

Kot prestij nou gad nan ki sa nou tonbe ? La question sonne comme une farce tragique. Quel prestige dans des hôpitaux sans gants, sans seringues, et sans électricité stable ? Quel prestige dans un État qui forme sans plan, sans vision et sans débouchés ? Quel prestige quand le diplôme devient une incantation administrative, une prière pour un poste fantôme, et non une compétence intégrée à une politique publique ?

Ce prestige n’est ni académique ni professionnel. Il est psychologique. C’est la dernière prothèse symbolique à laquelle on s’accroche quand tout le reste s’est effondré.

UNE SOCIÉTÉ FRAGMENTÉE QUI S’AUTO-DÉVORE

Ce qui s’est produit cette semaine à l’Hôpital Universitaire Justinien du Cap-Haïtien n’est pas un incident isolé. C’est un symptôme avancé. Une société sans projet commun qui transforme chaque institution en un champ de bataille identitaire. Une société sans un État fonctionnel et responsable qui fabrique des citoyens en concurrence permanente, les dressant les uns contre les autres. Une société traumatisée où chacun finit toujours par croire que l’autre est toujours en trop.

Pendant que nous nous disputons sur les ruines, le système de santé haïtien s’effondre quotidiennement, les cerveaux s’exilent, les hôpitaux se transforment en des morgues sociales, et Haïti poursuit paisiblement son œuvre favorite, celle de s’autodévorer

Le scandale n’est pas que des étudiants protestent. C’est leur droit le plus entier. Le scandale, c’est l’objet même de leur colère. Pas de l’exclusion structurelle, ni de l’abandon de l’État, ni de la pénurie organisée. Mais contre d’autres Haïtiens, tout aussi précaires, tout aussi sacrifiés, tout aussi prisonniers du même naufrage.

L’Hôpital Universitaire Justinien du Cap-Haïtien n’est pas un bien privé. Mais en Haïti, l’égoïsme est désormais une institution parallèle. Et tant que la division sera préférée à la solidarité, le pays continuera à produire que des conflits stériles, dans une Nation où personne ne gagne, à l’exception du chaos.

Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
17 Janvier 2026

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