222 ans. Deux siècles et vingt-deux années depuis que des esclaves noirs nus, illétrés, affamés, sans armes sophistiquées, sans institutions financières et sans alliés, ont accompli l’impensable en renversant militairement, politiquement et symboliquement les Empires coloniaux modernes.
Par Amos CINCIR
Tout commence dans la nuit lourde et sacrée de BOIS-CAÏMAN en Août 1791, là où DUTTY BOUKMAN et CÉCILE FATIMAN scellent, dans le sang, la foi et la peur transcendée, un pacte irrévocable pour vivre LIBRES ou MOURIR debout. Ce soir-là, l’attente cesse, la soumission meurt et l’Histoire tremble.
Puis vient VERTIÈRES, le 18 Novembre 1803, symbole vivant de la défaite irréfutable des soldats français de Napoléon BONAPARTE, un empire par ceux qu’il appelait des biens meubles. Une humiliation militaire que la France n’a jamais digérée jusqu’à aujourd’hui. Et enfin, le 1er Janvier 1804, lorsque BOISROND-TONNERRE grave l’acte fondateur et que CHARLOTIN MARCADIEU et les autres soldats de l’ombre donnent chair à une nation née dans la douleur et le feu.
Ce jour-là, HAÏTI ne demande rien. Elle impose son existence au monde. HAÏTI était alors un volcan incandescent, indomptable et irréversible, qui fit trembler PARIS, WASHINGTON, LONDRES et les ESPAGNOLS.
LA GRANDEUR DES MORTS, LA FAILLITE DES VIVANTS
Nos Héros ne négociaient pas la dignité. Ils ne rédigeaient pas de communiqués pour masquer leur lâcheté. Ils ne vivaient pas de privilèges institutionnels ou diplomatiques. Ils connaissaient une seule équation. Il s’agit de la LIBERTÉ ou la MORT.
JEAN-JACQUES DESSALINES n’a pas marchandé l’indépendance.
TOUSSAINT LOUVERTURE n’a pas confondu intelligence stratégique et capitulation.
HENRI CHRISTOPHE n’a pas confondu État et caisse personnelle.
BOISROND-TONNERRE n’a pas écrit pour plaire, mais pour rompre.
CHARLOTIN MARCADIEU n’a pas combattu pour être vu, mais pour que le pays naisse.
Et aujourd’hui en 2026 ? Des Héritiers sans courage et sans conscience, drapés dans une mémoire qu’ils trahissent. Des dirigeants minuscules vivant à l’ombre de géants qu’ils ne comprennent pas. Des gouvernants sans vision, sans colonne vertébrale, sans honte et corrompus jusqu’à l »os.
UNE INDÉPENDANCE PROCLAMÉE, UNE SOUVERAINETÉ ENTERRÉE
Chaque 1er Janvier, l’indépendance haïtienne est récitée comme une prière vidée de foi. Mais qu’est-ce qu’une indépendance sans autorité, sans sécurité et sans État ? Un pays livré à la peur, aux bandits armés, aux criminels en costume, aux diplomates de pacotille, à des révolutionnaires en plastique, et à neuf conseillers présidentiels corrompus et sans dignité. Une nation sans direction. Une administration transformée en prédation organisée et structurelle.
Les colons sont partis. Mais la logique coloniale est restée, internalisée et recyclée. La chaîne n’est plus en fer, mais: elle est institutionnelle. Les plantations ne sont plus étrangères, mais elles sont politique, administrative et mafieuse. Le peuple survit. Les élites consomment. Et l’État se dissout.
LA TRAGÉDIE POLITIQUE : GOUVERNER SANS MISSION
Le drame haïtien est profond. Il est historique, politique et sociologique. Une classe dirigeante s’est constituée sans conscience nationale, sans mémoire révolutionnaire et sans aucun sens du sacrifice. Elle parle d’HAÏTI comme un problème à gérer, jamais comme une responsabilité à porter. Elle administre la misère, mais ne la combat pas.
Elle confond pouvoir et butin, fonction publique et rente.
L’indépendance de la première Nation noire libre et indépendante du monde est devenue un rite vide. Une date décorative et un folklore sans exigence morale.
LE PEUPLE FACE À LUI-MÊME
Mais la vérité serait incomplète sans cette lucidité douloureuse. On sait que le peuple haïtien est victime, mais il est aussi interpellé par l’Histoire.
Une Nation ne renaît pas uniquement en dénonçant ses DIRIGEANTS. Elle renaît lorsque le peuple cesse de tolérer l’INACCEPTABLE, lorsqu’il refuse de sacraliser les VOLEURS et les CORROMPUS, lorsqu’il comprend que l’État n’est ni un HÉRITAGE privé ni une PROIE. L’ÉVEIL est une DISCIPLINE. La CONSCIENCE est une RESPONSABILITÉ.
2026 : DERNIÈRE BIFURCATION
222 ans après BOIS-CAÏMAN, VERTIÈRES et le 1er Janvier 1804, HAÏTI se tient au bord d’une alternative brutale, celle de se régénérer ou de s’effacer politiquement.
Que 2026 soit l’Année de la Mémoire active
Que 2026 soit l’Année de la Responsabilité collective et citoyenne.
Que 2026 soit l’Année où le peuple haïtien se rappelle qu’il est Héritier d’une révolution, pas d’une fatalité.
HAÏTI ne manque ni de HÉROS, ni de COURAGE, ni de MÉMOIRE. Elle manque de volonté politique
et de citoyens éveillés. Le volcan est toujours là. Mais un volcan abandonné finit par s’éteindre.
Que tous les HAÏTIENS, se souviennent. Nos ancêtres ont vaincu les empires les plus puissants de leur temps. Nous pouvons vaincre la corruption, l’indifférence et la résignation.
L’indépendance de la première Nation noire n’est pas un souvenir figé. C’est une charge morale. 1804 n’est pas passé. Il nous juge.
Amos CINCIR
Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique
Ambassadeur du Royaume
1er Janvier 2026








